Enquêtes axiologiques/Philosophie

Enquêtes axiologiques | Dossier N°1 – Un poète de son Même et de son Monde

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« Voyageur contemplant une mer de nuages », Caspar Friedrich

Avertissement : dans les pensées ci-dessous, il ne s’agit en aucun cas d’y lire les positions ou convictions personnelles de leur auteur. Néanmoins, il y a bel et bien un style d’analyse en germe, une « méthode » toujours inconsciente d’elle-même en quelque sorte. Nous vous prions donc tout simplement de prendre part à l’expérimentation – chacun à sa mesure évidemment … Le contexte de ces réflexions a été un pays majoritairement musulman pourrait-on dire, avec une « monarchie » d’une tradition toujours très forte et contraignante. Il s’agit du « Maroc ». Autre chose : les réflexions du deuxième dossier ont été faites au cours d’une écoute radiophonique très attentive à la nouvelle inquiétude vis-à-vis du « terrorisme » (surtout en France, de 2015 à 2016) Nous vous livrons ici ces réflexions, en grande partie abandonnées de « nous ».  


Dossier N°1 – Un poète de son Même et de son Monde.

1 – 

« Dieu » n’est pas une objectivité, c’est le débit d’un signe investi de détermination dans une activité. Et il y a autant de signes différents, et surtout polyvalents, ou de valeur variable et inégale, de « Dieu », que de types d’activités dans l’activité. Pour nous philosophes, il est désormais hors de question de compter sur cette métaphore éternellement mécompréhensible de l’autorité des valeurs : « Dieu ». Pour la plupart, ce mot accélère bien les choses. Mais pour que l’humanité puisse penser honnêtement ses problèmes à travers nous, nous devons nous en passer au point de n’avoir nullement besoin de réfutations, ni même d’une « solution » de type kantien. Nous incarnons le dépassement de la réalité des autres autour de nous. La foule au sein de l’histoire est un facteur souvent – pour ne pas dire absolument – obéissant. Elle séduit aux facilités, à la « passivité », au laisser-aller, même quand elle nous invite à paraître, à accepter de nous faire reconnaître. Certains même se font du bien et se donnent du plaisir en nous croyant compréhensibles. Notre essence pourrait-on dire au sein de ce jeu consiste justement dans le fait que nous ne soyons jamais parfaitement saisis aux alentours. Que sommes-nous donc au juste ? Le passage fréquent de réalisations de liberté dans le « tout » ; les élus des pointes et des sommets.

2 –

L’autorité du dit qui contraint à croire en un sens infranchissable et indépassable de ce « dit » lui-même. « Dieu » est avant tout une façon d’habiller un jeu et de participer d’une certaine manière au cours et au conflit du « monde ». C’est une métaphore des politiques les plus répandues et les plus fréquentes dans la vie établie, dans la vie qui se lie et se compose. Pour nous, « Dieu » est d’abord un ensemble d’attitudes très artistiquement complexifiées, et assez pour qu’elles ne soient pas saisies superficiellement et surhumainement en quelque sorte comme telles, qui participent du conflit et du jeu des puissances dans le champ considéré et isolé d’une certaine manière du défilement des modalités humaines.

3 

Des rapports de force, des relations, des échanges de commandement et d’obéissance couverts par des signes de croyances qui séduisent en retour bien loin de la conscience purement et simplement terrestre de l’animalité, et l’auréole du transcendant et de l’exceptionnel quant et quant l’effectuation des évaluations dominantes comme spiritualisation de la contrainte de l’« espèce », du groupe, de la communauté, etc. & on dit que même un athée parle d’indicible et d’insondable, et donc de « Dieu ».

4 

D’une perspective particulière ou individuelle, les effectuations axiologiques ambiantes les plus réitérées, et donc dominantes, font autorité avec cet art singulier et parfois terrifiant aussi de vouloir suggérer l’« ailleurs », ou bien la source du commandement comme étant extérieure ou dépassant le monde, bref, c’est cette séduction qui constitue d’une part l’art de l’autorité des valeurs et des croyances fondamentales au sein des divers types de troupeaux humains. L’art de suggérer le « quelque chose » qui dépasse, le « Dieu », voire l’a priori. L’art de faire sentir, de faire interpréter et parler artistiquement (et collectivement !) de la contrainte. Donc, l’art d’éloigner d’une certaine « connaissance ».

5 – « Le peuple est cette chose qui invente les dieux » :

Vous les entendez parler ; vous les voyez habillés ; vous oubliez avant de vous réveiller même qu’ils ne sont autre chose que … Nous-mêmes nous l’ignorons ! Mais on ne cessera jamais de nous étonner de cette façon qu’a la vie de finement continuer et solennellement s’organiser en coutumes magiques entre les hommes, qui éloignent de la conscience, certes difficile, de l’art de la vie, et imposent finalement leur « vérité » : l’évidence communément et inconsciemment sacrée, pour la plupart la plupart du temps, d’être dans le « monde des hommes ». Et comme on l’a déjà dit, on ne les voit pas toujours comme nos soi-disant autres animaux. On est séduit avant de nous trouver près d’eux.

6 – Des prédateurs par art inconscient :

Approuver un dieu ou le « Dieu » afin de participer à une œuvre de puissance immanente et presque absolument inconsciente, bénéficier de l’appartenance à une généralité qui a su cultivé de tout temps le sentiment lourd et imposant de son importance, et qui a su aussi projeter et créer des mirages et des édens abreuvant de compréhension et de sens. L’homme, animal de la conquête et de la domination artistiques dans le monde. Son art part de la structuration, qui magiquement, solennellement et insoupçonnablement violente de son espèce. Son empire sur lui-même et en son sein se joue dans les peintures et les fantasmes des « ailleurs » recouvrant la vie des relations, des communications, des déterminations, des échanges, etc. Les hommes, rêveurs inconsciemment intéressés au nom des dieux dans l’unique « Dieu » du processus du monde.

7 –

Quand l’« être » d’un quelque part fait tout pour nous enlacer et nous assimiler par le biais apparent ou superficiel d’un logos à la participation d’une composition contextuelle et rapide d’« amour » ; un entrelacement de vies qui finissent par se gouverner dans un type avec l’art fantasmatique de peindre les « ailleurs » ; il leur est presque impossible de saisir ce qu’ils traduisent par les tableaux de leurs demandes et rêveries transcendantes. Ils ne peuvent participer intensément en quelque sorte de « Dieu » ou de l’« Absolu », qu’en se trompant communément sur « Dieu » et sur l’« Absolu ». Ils ont raison inconsciemment en ce qui concerne la plupart. Mais de quelle « raison » s’agit-il ici précisément ? Une raison qui ne s’est pas encore emportée pour avoir besoin de saisir ses limites ; une raison non-prétentieuse par inexpérience ; une raison distraite d’obéissance aux mirages vivants des intérêts de sa source vitale ; une raison qui obéit sainement et inconsciemment à la vie par le détour de multiples formes d’autorités apparentes et ambiantes.   

8 –

Le grégarisme humain s’active inconsciemment par l’art de ses impératifs, de ses lois, de ses religions et de ses philosophies, pour des œuvres de maîtrise et de conquête, pour des œuvres de durée dans la maîtrise et les conquêtes. Un art de diviniser certaines erreurs difficilement dissipable pour le vivant immergé et lié. On a pas jadis conservé pour conserver, ni fait précipiter le changement pour ce faire lui-même, mais c’est ainsi que l’histoire se raconte, dépouillée de la perspective déroutante des sous-sol labyrinthiques et insondables des motivations de ses constituants, pour initier ceux viennent après au culte du sens des entreprises humaines.

9 –

Personnellement, les idéaux de l’Universel n’ont pour moi que la valeur d’armes et d’outils de provocation et d’introduction d’éléments de dislocation dans la civilisation. Les effets peuvent s’avérer récupérables par la suite afin de favoriser les victoires secrètes d’un type, donc une sorte de reprise des dogmes de l’« égalité », de la « fraternité » et de la « liberté », pour l’exposition assurée d’un type, pour sa propagation et sa croissance sainement garanties, et en parfaite bonne conscience, sans amener avec tout cela finalement la réalisation de l’idéal sur terre. C’est la fragilité des ces idéaux qui constitue à la fois leur force et leur faiblesse ; leur force comme déguisement sublime portant au sacrifice séduisant, tout en troublant aux alentours, en générant un sérieux à leur égard, un arrêt sérieux donc devant la superficialité de leurs revendications théoriques ; leur faiblesse parce qu’ils sont profondément guidés par des tendances vitales dont les prétentions se traduisent sur le terrain autrement que ce qu’elles imaginaient et imaginent comme terme final à atteindre à leurs actions. La vie est ambiguë, car elle a à la fois l’intelligence inconsciente de chérir (de créer !) les illusions, et la subtilité (du moins interprétée comme telle à un certain moment de sa part) de s’en dégoûter absolument et de s’en abstenir vivement. Qui a le malheur de douter de tout cela ? Un courage d’agir malgré une désillusion sensible vis-à-vis du « sens » de tout agir est une chose extrêmement rare. 

10 – Éléments pour la technique secrète d’un engagement libre :

La perspective du sens d’une « injustice » peut présenter un angle d’attaque, encourager et mettre à portée d’une assimilation réellement transformatrice et déstabilisante. Introduire la mise à portée par le « sens », à partir du point de vue de l’Universel, peut pousser des sensibilités à se sentir impliquées, à se sentir sommées et concernées. Pour cela, il faut savoir recourir au logos impliquant d’une tradition ; et pour se garantir le sentiment d’indépendance vis-à-vis de l’usage de ce logos, ainsi que la maîtrise de cet usage (un usage se situant hors de la problématique de la vérité), il faut que les possibilités de ce même logos ou discours soient suffisamment explorées et travaillées. Finalement, on pourrait tracer et inventer des finalités servant à favoriser l’assimilation et l’« affecter » d’une puissance à partir du point de vue de l’Universel. Il n’est jamais donc question de vérité, mais tout simplement d’un jeu sourd du pouvoir dans les relations et les rapports, dont il serait inhabituel à l’« homme » crédule ou ordinaire de songer à en exploiter les habits et les croyances, pour exercer une influence au niveau de l’organisation de cette réalité animale presque toujours éludée dans l’usage linguistique propre au grégarisme idéaliste.

11 –

Les lorgnettes des « finalités » apposées sur le jeu des puissances sont parfois à maintenir absolument. Elles pourront s’avérer exploitables pour attiser le feu des interactions moralisées au sein d’un malentendu général. Des puissances vacilleront toujours sous de faux prétextes… Le philosophe artiste doit même de temps en temps s’employer à ne pas contredire un malentendu d’ampleur, mais le laisser faire… On verra après coup pour les avantages axiologiques encore insoupçonnés de la nouvelle situation donnée. Question : quelles sont les circonstances culturelles précises qui pourraient favoriser le fait qu’on se permette une telle attitude ? Disons-le tout simplement que, actuellement, le malentendu est omniprésent. L’attitude de contre-action convenable excéderait nos forces. Elle les excède déjà. Ma culture peut aller jusqu’à me frapper par l’impression de l’idéalisme de mes soucis et préoccupations. Il faut tâcher d’éviter pour cela une crise flagrante, ou bien une infraction…

 © Youness Achil

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