Politique

[Lettre ouverte] Ni patrie ni patron ?

A vous tous qui hésitez encore, je voudrais vous écrire ceci.

Le but de cette lettre n’est pas de trouver des « responsables ». A la veille d’un choix décisif, le rôle d’une société n’est pas de sombrer dans l’auto-délation qui mènera à une guerre politique supplémentaire inutile. Le soupçon de Terreur actuelle, qui consiste à venger certains candidats et autres militants frustrés, empêche de penser avec rigueur les temps présents. Il est complexe de penser philosophiquement la politique si les passions sont seules à régner. Elles doivent être une énergie, une impulsion mais jamais les terminaisons nerveuses du bout de nos doigts ne peuvent se passer de la raison et du bon sens politique.

Ainsi, je ne cherche pas à énoncer une vérité, je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit, je ne fais la campagne d’aucun candidat. Je crois que nous avons le droit d’être irresponsables. En ce sens, je ne ferai pas le procès de ceux qui ne souhaitent pas endosser une quelconque responsabilité politique. Les seuls responsables de l’accession du Front National au second tour de l’élection présidentielle sont les électeurs de Marine Le Pen. De plus, je n’ai pas la prétention de vouloir forcer les abstentionnistes ou les “ninistes” à voter pour un candidat en particulier. Mais il ne faut simplement pas être somnambule : l’anesthésie de notre époque ne doit pas nous ankyloser. Les pilules tranquillisantes sont monnaie courante, c’est pourquoi, modestement, je veux mettre la lumière sur un point important pour que tout choix se fasse en connaissance de causes. C’est ainsi que nous agirons plus librement. Je propose de discuter les catégories qui agitent notre entendement depuis la semaine dernière et qui, à mon sens, trompent quelque peu le débat.

Nombreuses sont les pancartes, les tracts ou les publications sur Internet qui revendiquent, de près ou de loin, le slogan « ni patrie ni patron ». Ce slogan fonctionne car il renvoie dos-à-dos nos deux candidats. Sa séduction est auditive grâce à la musicalité de son allitération. Néanmoins, si la forme marketing est appétissante, le contenu de cette phrase se compromet dans un simplisme binaire qui déforme la fracture entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. La finance contre la patrie, l’argent contre la France, la banque contre le contribuable ; autrement dit, les riches contre les pauvres. Ce discours veut croire que c’est la question de la finance qui les oppose. Voilà une terrible illusion qui plonge toute réflexion politique actuelle dans le brouillard. En effet, qui peut croire que l’ennemi du Front national de Marine Le Pen est la finance ? Qui est assez endormi pour estimer que le programme de Marine Le Pen est anti-système financier, contre les banques, le capital et les conflits d’intérêts ? Son programme n’est pas anti-libéral et son objectif ne se situe pas à cet endroit. Jamais une institution, une puissance financière ou le système d’exploitation capitaliste lui-même ne seront remis en cause. Elle a tout intérêt à conserver le système qui l’a produite, elle et sa famille. Les actionnaires, les grands patrons et les grandes fortunes seront conservées, entretenues, choyées. De fait, l’extrême-droite se sert du peuple mais ne le servira pas. Profits et enrichissements, libéralisme, ultra et néo, ne sont pas l’apanage du seul candidat Macron. Zeev Sternhell posait ceci en 2012 : « La révolution fasciste du 20ème siècle sera une révolution culturelle, morale, psychologique et politique, mais une révolution qui ne touchera pas au capitalisme, c’est-à-dire aux assisses économiques de l’ordre existant. Ce sera une révolution qui se fera non pas au nom d’une classe sociale parlant pour l’humanité souffrante tout entière, mais au nom de la nation, pour la nation et rien que pour elle. Ainsi sera créé un ordre humain nouveau, mais les inégalités et les injustices économiques et sociales ne seront pas éliminées. Cette acceptation du capitalisme comme fondement naturel de la société est une caractéristique essentielle du fascisme. » (Ni droite ni gauche. L’idéologie fasciste en France, Préface).

Ce qui différencie les deux projets, c’est la question de la culture. Le terme de « culture » n’est bien sûr pas à entendre en son sens faible, qui limiterait la culture à « être cultivé ». Les dignitaires « frontistes » sont cultivés, là est bien le problème… Au contraire, je considère la notion de culture au sens fort, c’est-à-dire les mœurs, la liberté, la création, l’usage de l’enseignement, le rapport à la civilisation européenne, tout cela considérés du point de vue de la culture. Le problème de la culture est l’enjeu de la présidentielle française. Car là où l’extrême-droite a toujours fait du mal, c’est à la culture d’un peuple, d’une patrie, d’une civilisation — mais certainement pas à la finance et au capital. L’extrême-droite a toujours cherché à modifier la culture, à l’altérer et à l’affaiblir. Choisir de laisser le Front National entrer au pouvoir, c’est lui donner les possibilités d’utiliser la culture à une légitimation de sa violence. L’ « état d’esprit » de l’extrême-droite consiste à attaquer la civilisation, de désigner son déclin alors qu’elle en représente son expression la plus complète. Cela passe, par exemple, par la modification de l’enseignement de l’Histoire dans les écoles, qui ne servira qu’à la conservation de la violence de l’Etat et à sa fonction antidémocratique. Son objectif est justement de renforcer les institutions dans leur caractère antidémocratique et d’affirmer leur violence symbolique.

Dans ses conférences Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement, Nietzsche constate que la culture, lorsqu’elle est soumission de l’Etat sert en réalité « pour permettre l’existence d’un petit nombre ». Dans ce cas, la lutte pour la culture ne se fait qu’au prix du maintien de l’ordre politique établi, qui voit dans la culture un moyen utile de leur préservation, préservation de son état actuelle et d’asservissement des populations par l’art, la langue ou l’histoire. Culture atrophiée pour anesthésier un peuple qui s’offrira d’autant plus à servitude volontaire. Avec un tel Etat, la culture n’est plus une élévation mais un élevage de l’homme. Changer la culture pour en finir avec la démocratie est l’objectif de toute domination d’extrême-droite afin qu’elle devienne un dressage animal de l’homme. Encore Zeev Sternhell à ce sujet : « Ce que visait en effet le national-socialisme dans chacun des deux modèles de l’art et du christianisme, c’était le processus capable de conduire de l’idée à la forme. Les idées, le style et le comportement sont intimement liés, comme toujours et partout : tous les dictateurs de notre siècle pensaient, comme l’avait si bien dit Paul Valéry en préfaçant en 1934 un ouvrage sur Salazar : « Toute politique tend à traiter les hommes comme des choses ». L’obsession pour l’identité confirme leur désir pour une culture identitaire, une politique culturelle de la « pureté ». Nous savons de quelles façons se sont terminées les « politiques de la pureté »… Que deviendront nos œuvres et nos productions culturelles ? Que deviendra la liberté de créer ? Quel usage dictatorial sera fait de la censure ?

Changer la culture sert à changer de peuple. Un peuple qui perd sa culture démocratique est un peuple qui ne s’opposera plus, qui se précipitera pour donner les pleins pouvoirs à son despote. Bertolt Brecht exprimait ceci : « J’apprends que le gouvernement estime que le peuple a « trahi la confiance du régime » et « devra travailler dur pour regagner la confiance des autorités ». Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? » : l’extrême-droite dissoudra le peuple dont elle s’est servie à coup de violences faites à la culture — à notre culture. Elle propose comme culture la réaction et l’expression pure de pulsions spontanées. En revanche, préférer la politique du moindre mal permet de sauver notre culture et de ne pas désirer la guerre de civilisation fantasmée par la droite populiste. Une culture réactionnaire n’est pas une culture : la réaction hallucine une culture française qui n’a jamais existé, divague sur un vieux monde qui jamais ne fut. L’enjeu de ce moment politique est culturel. Quand ils entendent le mot culture, ils sortent leur revolver.

L’extrême-droite ne nous garantit pas la pérennité de notre démocratie. Nous le savons, la démocratie contient, par essence, la possibilité de sa disparition, de son anéantissement et de sa négation. Donnons-nous l’assurance d’avoir encore le droit de désobéir et de nous révolter. Avant le désastre économique, c’est un désastre culturel qui nous attend. Ne pas entendre cette différence fondamentale qui distingue Emmanuel Macron et Marine Le Pen est une attitude de privilégié qui sait pertinemment que sa culture ne sera jamais menacée par l’extrême-droite, qu’il ne subira jamais cette politique identitaire de la pureté qu’elle nous promet. Le « sombre désert de notre civilisation exténuée » (Nietzsche, La naissance de la tragédie, §20) ne doit pas être une raison pour faire allégeance à la maladie et se laisser emporter par le cancer de notre culture : « ce qu’il faut combattre de toutes ses forces, c’est l’introduction de la contagion dans les parties saines de l’organisme » (Nietzsche, FP XIV, 15 [31]).

Si, comme Descartes le pense, « le bon sens est le chose du monde la mieux partagée », soyons éveillés, ne nous laissons jamais endormir par personne. Le bon sens n’est pas une approbation, mais une manière de retenir le désert encore un peu.

Parce que nous voulons un jour changer le monde, ne soyons pas complice de sa destruction.

© Jonathan Daudey
le 1er mai 2017, à Strasbourg

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6 réflexions sur “[Lettre ouverte] Ni patrie ni patron ?

  1. Profond, argumenté, utile, très utile ! Merci pour ce moment de démocratie au vrai sens, moment où nous convoquons la rencontre entre notre responsabilité civique et notre intelligence, où nous laissons les émotions spontanées aux sondeurs et travaillons à la construction de convictions raisonnées pour l’acte du vote, passage dans « l’isoloir » qui nous réunit à nos semblables et nous rend tous comptables du projet collectif.

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  2. Et oui, comme vos mots sont utiles en ces temps agités, où la France est fracturée. Chacun hurle au loup de son côté parce que nous traversons une période de transition. Une véritable mutation où ce que nous avons créé nous a dépassé avant même que nous prenions le temps d’y réfléchir, à tel point que le concept d’aliénation est devenu inefficace pour comprendre l’homme d’aujourd’hui. Nous sommes devenus « obsolètes », au sens où Günther Anders nous le suggérait. Il n’est plus alors question de donner un responsable, mais bien de se rapproprier notre responsabilité à tous, telle Hans Jonas nous y invitait pour cheminer non pas vers la « liberté » des hommes émancipés qui n’entraîne que ruptures, mais bien vers la maturité (concept actuellement en jachère dans ma thèse de philo). C’est à ce prix de sagesse que nous trouverons la paix, mais peut-être ne sommes nous pas encore prêts? Pour cela, il nous faut sortir déjà de ces pugilats où l’on s’enfonce chaque jour un peu plus, dans cette cacophonie médiatique et des réseaux, où résonne le chaos! Il nous faut espérer revenir aux vrais débats, au sens politique ,les paroles échangées sur comment nous voulons vivre ensemble, comme vous nous y invitez si justement.
    LNA45 apprentie philosophe (LIPHA université Paris Est)

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  3. Cher Jonathan Daudey,

    Je me permets d’apporter une réponse à votre « Lettre ouverte : Ni patron ni Macron ? » publiée sur votre blog en date du 1er mai.
    C’est à plusieurs titres que je vous réponds. Ancien étudiant en philosophie, j’ai travaillé sur la question de la culture/civilisation dans l’oeuvre de Nietzsche et Freud (Paris 1 Sorbonne, mémoire de maîtrise/master 1 en 1997) et j’ai pu constater que nous avons beaucoup de références et préoccupations communes. Mais nous n’avons pas les mêmes analyses et n’aboutissons par conséquent pas aux mêmes conclusions. Et au titre de militant de la France Insoumise (FI), militant de gauche et associatif depuis une quinzaine d’années, je suis parfois en accord, et parfois en désaccord avec des points que vous soulevez.

    Je partage la thèse centrale que vous défendez : « Le problème de la culture est l’enjeu de la présidentielle française ». Mais c’est à partir de ce constat commun que nos points de vue commencent à diverger…

    Votre propos et vos critiques visent le slogan « Ni patrie ni patron ». Nous serons d’accord pour dire de qui il est issu : de la partie des électrices et électeurs de la France Insoumise qui ont choisi l’abstention ou le vote blanc au second tour de cette présidentielle. Pour la clarté de votre propos, il aurait été préférable de le préciser. Et d’emblée, les termes utilisés pour les qualifier et pour décrire leur décision me heurtent : « soupçon de Terreur actuelle, qui consiste à venger certains candidats et autres militants frustrés ». Terreur, vengeance, frustration : c’est assez peu amène pour celles et ceux qui portent ce choix. Et pas très argumenté.
    Aucune autre « analyse » n’est en effet proposée concernant les raisons possibles du choix des abstentionnistes : en particulier le fait qu’après analyse rationnelle des résultats du 1er tour et répartitions des intentions de vote pour le second tour, le nombre de vote d’adhésion et de bienveillance en faveur d’Emmanuel Macron (EM) est largement au-dessus des votes en faveur de Marine le Pen (MLP). La décision d’absention, en particulier venant d’une partie des Insoumis, est donc respectable, fondée sur une analyse. Elle est même responsable dans le sens ou nous choisissons de ne pas apporter inutilement nos voix et de ne pas faire un triomphe à un candidat qui s’en prévaudra sans aucun scrupule le soir même et lors des prochaines élections législatives. Nous choisissons en conscience et responsabilité de ne pas lui permettre de présenter un possible triomphe au 2nd tour comme un vote d’adhésion, de l’aider ainsi à mettre en œuvre un programme qui terminera de détruire ce qui reste de protection sociale et de politiques publiques, tout ce qui empêche les gens de sombrer définitivement, et de les jeter toujours plus nombreux dans les bras du Front national…

    Il ne s’agit donc pas par ce vote abstentionniste, en particlier celui des Insoumis, comme vous le prétendez injustement et maladroitement, de « choisir de laisser le Front national entrer au pouvoir », mais choisir de ne pas jeter un bidon d’essence sur cet incendie lepéniste en portant inutilement EM en triomphe. Stigmatiser ainsi les électeurs de la FI ne me semble pas utile au moment où il faut rassembler à gauche pour remporter les législatives et gouverner dans la diversité qu’elle présente. Vous évoquez des « pilulles tranquillisantes » : si on voulait reprendre la métaphore, on pourrait estimer que se donner bonne conscience en votant EM au 2nd tour et croire qu’ainsi on a fait reculer le FN est un puissant somnifère. Le même qui a été utilisé à la suite du 21 avril 2002. On se réveille 15 ans plus tard avec un vote FN renforcé par millions.

    Par ailleurs vous proposez une vision erronée de la pensée de ceux que vous appelez les « ninistes ». Il ne s’agit pas de « la finance CONTRE la patrie ». « Ni, ni » c’est pas l’un et pas l’autre, et non une opposition de l’un contre l’autre. Les deux sont à rejeter, et d’ailleurs la FI incarne une alternative crédible avec ses 20% d’électeurs au 1er tour de la présidentielle.

    Je partage en revanche votre développement sur l’assise néolibérale de l’extrême droite et l’imposture de ce parti en matière de politiques économiques.

    J’en viens à ce qui me pose le plus problème dans votre Lettre ouverte, quand vous écrivez : « Ce qui différencie les deux projets, c’est la question de la culture ».
    En effet, vous ne donnez aucune précision et ne proposez par conséquent aucune analyse du projet d’EM en matière culturelle, alors qu’il s’agit selon vous de l’enjeu même de cette présidentielle.
    Pas davantage sur le programme précis de MLP dans ce domaine. Vous proposez en revanche certaines formules franchement usées comme : « Quand ils entendent le mot culture, ils sortent leur révolver ». Ce n’est pas forcément faux, mais on ne parvient plus à alerter, on n’attire plus l’attention de personne avec des formules que pour ma part j’entends depuis plus de trente ans au moins… Il faut renouveller un peu l’imaginaire politique et les slogans.
    Autre cliché à revoir, il me semble : « Les dignitaires frontistes sont cultivés ». C’était peut-être vrai en un sens d’une vieille génération d’extrême-droite, nourrie d’une certaine littérature, Brasillach, Barrès, Drieu la Rochelle… Bruno Mégret est amateur d’opéra, on le croise encore à l’Opéra Bastille. Mais enfin… la nouvelle génération qui a pris les rênes du FN ne me donne pas l’impression de personnes particulièrement éprises de culture. Je ne prendrai que l’exemple de Steeve Briois, nouveau président du FN…
    Je partage en revanche votre point de vue sur le fait que l’extrême-droite est fondamentalement ennemie de la culture, de la création, de la liberté d’expression et d’enseignement. Et au-delà de sa violence idéologique, la violence de son programme économique néolibérale ruinerait les politiques publiques d’aide à la culture… Tout comme celle de Macron.

    Car voilà l’essentiel de mon désaccord, même s’il faudrait sans doute pousser l’analyse, et le faire collectivement. Votre Lettre ouverte fait en effet écho à une profonde crainte que j’ai depuis qu’EM est devenu la figure politique la plus influente dans notre pays et son prochain président.
    Car EM est le symptôme d’une « crise de la Culture » pour reprendre les termes et les analyses d’Hannah Arendt, qu’il est urgent de relire. Nous sommes nombreux à être stupéfaits par le vide sidéral de ses propos, qui rejoignent l’incapacité de ses électeurs à formuler un discours justifiant leur adhésion à EM. On ne mesure pas, j’y insiste très fortement, la destrution culturelle qu’incarne EM, présente et avenir, et qu’on nous propose d’amplifier en lui préparant, comme je l’indiquai, un triomphe à l’occasion du scrutin présidentiel.

    Je conclus. Vous avez entièrement raison de mobiliser la grille de lecture « nietzchénne » pour déconstruire et dénoncer le projet de société de l’extrême-droite.
    En revanche, il me semble que vous commettez une erreur en n’en faisant pas de même en ce qui concerne EM, en vous contentant de cette formule que je trouve pour ma part incertaine: « Préférer la politique du moindre mal permet de sauver notre culture ». Rien ne permet de l’affirmer sans avoir au préalable passé au crible de l’analyse « nietzschénne » et/ou politique, ce que porte EM : en d’autres termes, « De quoi Macron est-il est le nom ?», pour reprendre le philosophe Alain Badiou.

    J’en serais bien incapable, mes études de philosophie remontent bientôt à vingt ans et ma vie professionnelle et militante très prenante m’empêche également de m’investir dans ce travail, qui me paraît utile voire nécessaire si on considère, comme vous et moi, que la culture est l’enjeu de cette présidentielle.
    Ceci est finalement un appel à continuer collectivement ces échanges. Je vous suis particulièrement reconnaissant de les avoir initiés.

    Bien à vous,
    Julien Pontes
    Paris, le 2 mai 2017

    Aimé par 1 personne

    • Et encore une fois: la fracture refait son apparition, alors oui, subtile discours que le votre Jonathan de vouloir nous ramener à la culture et d’apaiser un pseudo débat épuisant Et puis, encore une fois comme partout sur les réseaux, un certain discours d’une certaine gauche refait son apparition, n’est-ce pas Julien?….Cette gauche là, qui a subtilisée les voix de sympathisants de gauche avec la finesse d’un tribun se disant humaniste mais, si l’on creusait un peu, on y retrouverait du Staline plus que du Jaurès ou Gandhi (même avec un hologramme on ne peut pas se laisser tromper)… En tout cas la vieille gauche anticapitaliste est de retour, c’est certain. Le capital a été inventé par des franciscains pour permettre à tous d’avoir accès aux richesses, (relisez ou découvrez Richesse Franciscaine , de la pauvreté à la société de marché, Giacomo Todescini nous éclaire sur le sujet) alors les hommes sont vils et toujours, certains détournent à leur avantage le pot ou le magot… tout comme la technique n’est pas mauvaise, tant que nous la considérons comme un simple outil non pas à notre image mais bien à notre service! (vous pourrez lire ma thèse en cours prochainement). Alors moi, je refuse ce néo-discours anticapitaliste, et ne venez pas Julien m’expliquer ce que font les banques: j’aide les salariés face au PSE depuis quelques années déjà et je mets en garde dans mes rapports l’introduction des algorithmes et de l’IA , d’où ma thèse d’ailleurs… Le problème est que l’homme est « obsolescent » dans ce monde qu’il a créé, et il doit retrouver sa place non pas en faisant resurgir les démons du passé mais bien en créant une nouvelle forme de politique. Personnellement je suis lasse, de cette gauche totalitaire passéiste qui envahit nos réseaux, cristallise les débats autour de la haine et,le rejet, qui n’a pas accepté la défaite du premier tour. Elle est aussi répugnante à mes yeux que le FN mais pour d’autres raison, et, ils fonctionnent tous deux sur les mêmes archétypes du passé ( Hitler et Staline). Alors, encore une fois, aimer son prochain, la vie collective, être de gauche sociale aujourd’hui ça n’existe plus tout comme le parti communiste s’était éteint et renaît. Mais être de gauche, ce n’est pas avoir le monopole de la culture ni de l’humanisme, (rappelez vous la Chine de Mao), Vous évoquez Hannah Arendt, bien relisez le procès de Eichmann, que nous dit-elle? Un homme ordinaire peut devenir un monstre! Nous sommes tous capables du pire. Alors pourquoi venir toujours dire du mal de en marche uniquement, , … vous prétendez venir ouvrir au débat, en fait sous un discours bien huilé à la rhétorique qui pourrait être parfaite sans c’est petits clin d’œil prosélytiques pour les « insoumis ». Moi, je crois que nous sommes tous responsables de ce chaos, cette fracture dans laquelle nous sommes aujourd’hui nous n’avons pas pu empêcher qu’elle arrive nous n’avons pas su, faire autrement …. Dans un discours en soi très joliment habile, vous prétendez, Julien, en appeler au débat, et vous taclez Emmanuel Macron, pour toujours avec brio distiller quelques mots en faveur des insoumis, on voit bien comment fonctionne votre discours! Vous venez juste tenter de garder le feu des insoumis jusqu’au législatives..Sera-t-il de paille ou micro ondes ou de camp ?.. Immatures, les Insoumis, indignés, indécis, pas tous le mouvement oui, très fluide comme celui de nuit debout ?…Etc… non, et je le dis encore l’émancipation ne sert à rien en l’absence de maturité, nous avons manqué de maturité. Cette réflexion de sagesse qui est celle de ceux qui savent et, de ceux non pas qui assaillent et imposent, mais dialoguent vraiment, et ne venez pas me dire avec éloquence, combien vos idées sont les miennes, je sais bien que non.

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    • Je vous remercie pour votre réponse très argumentée et qui pose de vrais problèmes, plus larges que cette seule élection. Par souci d’efficacité dans notre discussion, je ne reviendrai pas sur nos points d’accord, mais plutôt sur nos désaccords et les divergences de perspectives en ce qui concerne les conclusions tirées. J’ai fait le choix de ne pas préciser la provenance de ce slogan, car il m’a semblé que c’était une évidence. Mais ce qui m’intéressait dans ce slogan c’est sa traduction philosophique et idéologique. Voici en bref le point de départ choisi. Je vais essayer d’aborder quelques points que vous désignez comme problématique.

      Tout d’abord, quand je parle de « Terreur », je ne désigne pas un mouvement politique particulier, car cette volonté de trouver des ennemis se trouvent autant chez FI que LR. Le problème n’est pas de trouver des responsables de la non-accession de JLM au second tour, mais pourquoi le FN arrive au second tour comme vous le dites. Quand je parle de Terreur, je fais référence à la chasse qu’avait opéré Robespierre après 1789 pour trouver et soupçonner qui étaient les ennemis de la nation. Aujourd’hui, cela revient à attaquer, à traiter de « collabos » ou de « traitres » les électeurs de Benoit Hamon, par exemple. Je n’accuse personne en particulier mais ceux qui voudraient culpabiliser d’autres électeurs : il me semble que le problème est plus grave que cela.

      De plus, les abstentionnistes ne sont pas seulement des électeurs de JLM mais aussi de François Fillon. Ainsi, je ne m’adresse pas à un seul groupe d’électeurs, mais à tous ceux qui s’abstiennent ou renvoient les deux candidats dos-à-dos. Vous remarquerez que je ne remets pas en cause la « prise de responsabilité » des abstentionnistes, je souhaite juste essayer de donner des clés de compréhension car l’opposition EM/FN est artificielle si on se contente de la réduire à patron/patrie. Mon souhait est le suivant : si certains s’abstiennent, ils en ont entièrement le droit (je suis même opposé personnellement à un devoir de vote) mais qu’ils ne le fassent pas pour des mauvaises raisons ou des croyances ou sur des contradictions erronées. En ce sens, je pense que ceux qui scandent ce slogan se soumettent à l’opposition qu’impose l’extrême-droite et qui ferait passer le FN comme le parti qui défend le peuple contre les puissants. Le FN a tout intérêt à se faire passer pour anti-patron alors que c’est un parti qui s’enrichit sur l’exploitation et la domination des peuples par le libéralisme le plus sauvage. De ce fait, je n’ai rien contre la FI de JLM, bien au contraire, mais il faut être prudent et ne faire comme si la démocratie nous était définitivement acquise car derrière le FN il y a des groupuscules comme Génération Identitaire qui a une grande influence et une véritable force de pression.

      En ce qui concerne la « culture » : vous l’entendez, il me semble, dans un sens trop faible, trop politicien. Je ne veux pas parler dans ma lettre de « mesures ou programme pour la culture », mais du terme de culture au sens nietzschéen. Avec l’extrême-droite, c’est la civilisation qui est en jeu. Il y a en effet une crise de la culture, mais qui n’est pas une nouveauté, qui traverse les âges et les siècles (Nietzsche l’exprime parfaitement). En ce sens, quand je parle des dignitaires cultivés, je vous rejoins sur l’inculture crasse des politiciens d’extrême-droite mais je pense à leur « penseurs » tels qu’Alain de Benoist, Eric Zemmour, Renaud Camus, Alain Soral ou, même s’ils se revendiquent « de gauche », à savoir Michel Onfray, Alain Finkielkraut ou Pascal Bruckner, ainsi que des journaux tels que Valeurs actuelles, Elements, La Nouvelle Ecole ou Rivarol qui alimentent le FN. Ce sont eux qui inspirent les thèses du FN. En ce sens, il suffit de voir le débat de l’entre-deux-tours pour voir la bêtise et la vulgarité de MLP. De plus, je parle de « penseurs » entre guillemets et pas d’intellectuels car comme le dirait Geoffroy de Lagasnerie : « Je ne pense pas qu’il faille accorder à la droite le statut d’intellectuel. Il n’y a pas d’intellectuel de droite, mais il y a des personnes qui réagissent à l’actualité, qui ratifient des pulsions spontanées, qui font du bruit avec leur bouche, qui transcrivent l’ordre social en mots, mais ce ne sont pas des intellectuels, des producteurs d’idées… » [http://wp.me/p45Y3d-LY]

      Enfin, votre conclusion est totalement vraie : je n’applique pas cette même grille de lecture à EM. Je vous avouerai que j’espère pouvoir le faire pendant 5 ans, alors qu’avec l’extrême-droite au pouvoir, je ne suis pas certain que nous pourrons encore dire librement grand chose, notamment dans la critique et déconstruction de leur idéologie et de leurs conceptions de l’Etat, du pouvoir, de la liberté…

      En espérant avoir pu répondre quelque peu à votre réponse passionnante et d’avoir éluder certains choix de perspectives et de méthodologie d’écriture de cette lettre. Je vous remercie d’avoir cette belle discussion intelligente et importante!

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  4. Merci pour ces échanges argumentés et constructifs pour la compréhension desquels un minimum de culture politique est indispensable. De manière très concrète, j’attends que les résultats du second tour amoindrissent le score de MLP qui, outre sa haine de l’autre, de l’étranger- qui nous ramène aux heures les plus sombres de « notre » histoire- présente un projet mortifère pour notre pays. J’attends aussi de voir ce que fera EM, quel président il sera. Je n’en sais rien pour l’instant mais je voterai pour lui, c’est la seule voie possible si on veut affaiblir MLP. Merci encore et pardon pour la simplicité de mon point de vue.
    .

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