Pamphlet/Philosophie

Qu’est-ce que le peuple ?

Une foule indienne colorée au cours d'une foire

Une foule indienne colorée au cours d’une foire

C’est à la mode de nier la notion de peuple, de nier l’existence même d’un peuple. Mais, ce n’est là que reprendre les mots d’ordre du capitalisme et du libéralisme anglo-saxons qui reposent sur trois négations : ils nient l’existence du peuple, l’existence de l’intérêt général et l’existence de la volonté générale. Or, comment penser la République démocratique, la démocratie, la souveraineté du peuple, en niant ces trois notions ? Il y en a qui se réclament, sans blagues, de tout cela et qui, dans le même temps, réalisent ces trois négations. En réalité, le capitalisme et le libéralisme dans leur fondement même sont anti-démocratiques et anti-républicains.

Je vais donc m’essayer à une définition de la notion de peuple en trois temps. Premièrement, et cette définition remonte à la notion de dèmos dans l’antiquité grecque, le peuple est l’ensemble des citoyens sur qui le pouvoir est exercé par une oligarchie, exclu des prérogatives politiques, défini par la pauvreté, le labeur et le grand nombre. Deuxièmement, le peuple désigne la conscience de la communauté, de l’appartenance d’un citoyen à une communauté à qui il doit son identité, sa culture et sa citoyenneté. Ce peuple est universel et éternel, en tant que la conscience du peuple l’est. C’est de ce peuple dont les grands théoriciens du contrat démocratique parlent, et qui fondent l’identité politique de la République de France. Cependant, cette conscience n’est pas toujours effective ou active, elle s’éteint, elle s’oublie, et des forces contraires cherchent à la détruire pour faire de la société une agrégation chaotique d’individus isolés et atomisés parce que cette atomisation participe à la constitution d’une domination arbitraire et puissante. La troisième définition du peuple réside donc dans l’exercice effectif par l’ensemble des citoyens de la souveraineté en tant que chaque citoyen s’élève à l’intérêt général, à la volonté générale, en un mot quand il réalise en actes la conscience du peuple, sa solidarité, sa fraternité et son sens de la communauté et de la patrie.

Ces trois définitions du peuple, loin d’être obsolètes ou irréelles, s’observent chaque jour dans notre pays. Le peuple exploité et misérable se rencontre tous les jours, le peuple méprisé se rencontre très souvent. L’esprit du peuple, de la solidarité, de la communauté se rencontre tout aussi bien dans des élans collectifs citoyens. En fait, ce n’est que la dernière définition du peuple qui n’est pas effective. Pourquoi ? Parce que l’action du pouvoir exercé par une oligarchie est précisément de lutter contre cette réalisation de l’esprit du peuple, et pour aller plus loin dans son entreprise, c’est l’esprit même de la citoyenneté et de la communauté que ce pouvoir cherche à détruire. Tous ceux qui nient l’existence du peuple participent donc de la dictature oligarchique. Par cette négation, ils sapent les principes mêmes d’une philosophie politique qui cherche à établir l’égalité, la liberté et la fraternité. Ces mots d’ordre repris en cœur par l’oligarchie politique et médiatique sonnent, dans leurs bouches, comme une énorme manipulation, car ils sont les premiers responsables de la destruction des valeurs républicaines, à supposer que celles-ci aient existé auparavant.

© Philarétè

Advertisements

4 réflexions sur “Qu’est-ce que le peuple ?

  1. J’adhère et j’apprécie cette critique sans colère de la manipulation des puissants qui ont abandonné l’étique et la responsabilité de leur puissance.

    J'aime

  2. L’exercice de définition est difficile, bravo pour ce joli texte.
    Dans son rapport aux concepts de citoyenneté et de souveraineté tels que conçus dans le cadre de la pensée politique républicaine, la triple définition proposée du peuple ne recouvre-t-elle pas assez largement celle de nation ? De ce point de vue, la nation serait en quelque sorte l’actualisation politique du peuple dans sa prise de conscience d’une volonté collective ?
    Pour le dire dans le vocabulaire d’Arendt, le peuple n’est-il pas l’étape prépolitique de la nation, qui advient lorsque celui-ci se rassemble pour partager la parole et l’action afin d’édifier le monde commun ?

    Cincinnatus
    https://cincivox.wordpress.com/

    J'aime

  3. .. le peuple, les populations, la populace .. Il y a surtout tous ceux qui font parler le peuple .. qui dresse cette entité contre des puissances ou soi-disant telles..

    J'aime

  4. Pingback: Ci-gît la République | CinciVox

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s