Arts/Esthétique/Les Accumulations dans le Pop-Art/Philosophie

Les Accumulations | Prélude

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ARMAN

L’accumulation est une technique artistique popularisée par Arman, artiste français qui l’a beaucoup travaillé et théorisé. Telle qu’Arman la définit et la produit, l’accumulation est un rassemblement d’objets identiques dans une très grande quantité, généralement fondus dans du plexiglas. De manière organisée ou désorganisée – volontairement ou involontairement. Cette technique sera évidemment souvent réinterprétée par la suite, donnant lieu à autant de types d’accumulation différents. Chacun ayant ses propriétés tout en gardant la volonté principale et première de matériau réutilisé en masse. Ce qui laisse entendre, toute l’importance qu’elle prendra dans le cadre du pop-art. Dans sa pratique de l’accumulation, Arman distinguait les accumulations pures, les fragmentations, les coupes, les poubelles, les colères et les monuments de la façon suivante, enrichissant dès lors la conception première et simple donnée plus haut.

Les Accumulations pures représentent des oeuvres constituées d’objets identiques accumulées, entassés, disposés ensemble.

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Swatchmania, ARMAN

Les Fragmentations désignent plusieurs éléments identiques mais découpés selon quelques étapes progressives, qui recherchent le fragment et non l’unité de l’oeuvre. Voire l’objet qui se décompose, se fragmente.

Diminution du confort, ARMAN

Diminution du confort, ARMAN

Les Coupes fonctionnent comme les fragmentations mais sur un seul et même objet.

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Coupe d’un violoncelle, untitled, ARMAN

Les Poubelles sont des accumulations d’une multiplicité d’objets, mais tous différents, de manière désorganisée, chaotique.

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La poubelle de Roy Lichtenstein, ARMAN

Les Colères approchent l’idée du happening, provoquées, mises en scène et jouées par Arman en personne, dans lesquels il détruisait un objet, comme un piano ou télévision, en gardant l’accumulation des débris ou fragments, les coulant régulièrement dans du plexiglas.

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Colère de Chopin, ARMAN

Enfin, les Monuments sont des accumulations d’objets massifs à échelle gigantesque.

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Monument pour la paix, ARMAN

L’accumulation a pris toute son importance avec Arman, mais a cependant déjà été pratiquée avant l’art contemporain. L’Histoire de l’art présente quelques rares utilisations de l’accumulation, cette fois-ci en peinture du fait de l’inexistence de l’installation.

Bosch: l’accumulation narrative

Les tableaux de Bosch sont immédiatement reconnaissables tant leur composition est particulière.

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Le Jardin des Délices, Jérôme Bosch

Bosch reproduit les scènes bibliques les plus monumentales, comme le jardin d’Eden, les enfers ou le jugement dernier afin de montrer très caricaturalement tous les péchés de l’homme. Pour parvenir à cette impression de déchéance dans le péché il présente des œuvres composées d’une multitude de saynètes. Par l’accumulation de saynète la composition donne une impression de démesure. Chaque saynète étant différente, il ne s’agit pas d’une accumulation de détails mais plutôt de fragments. Pour donner cette impression de démesure les tableaux ne sont pas vraiment construits si ce n’est sur le mode de la surenchère. Il est possible étudier chaque scène séparément comme un fragment ou l’œuvre dans sa totalité pour s’intéresser à l’impression de magnificence plus qu’à la narrativité. Avec son travail, Bosch pose moins le problème du détail que de l’échelle. Il est difficile de déterminer à quelle distance doit être comprise l’œuvre, chaque saynètes semble avoir son existence propre (séparément des autres) mais ce n’est que dans son entièreté que le tableau prend toute son ampleur. Bosch pose la question de savoir si le tableau doit être pris dans sa totalité ou dans ses fragments. D’autant plus que des œuvres postérieurs prouvent de la possibilité de réinterprétation des saynètes seules, décontextualisées. Par exemple l’artiste gifiste Spion Dagger, ou le clip de Buckethead Spokes for the wheels of tourments.C’est sans aucun doute l’esthétique de la narration de l’époque qui l’empêche d’aller plus loin que l’accumulation de saynètes et de proposer une réelle composition par le détail.

Arcimboldo : une nouvelle approche de la nature morte.

Arcimboldo est connu pour ses compositions mêlant la technique de la nature morte à celle du portrait. En un sens, il est le premier à faire un art du mort-vivant.

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Vertumne, Arcimboldo

Les thèmes travaillés par Arcimboldo sont des plus classiques mais leur utilisation est tout à fait originale. Par le fait de confondre le portrait et la nature morte, il créer des œuvres trompe-l’œil s’appuyant sur notre faculté à reconnaitre les visages. Il reprend l’idée de la nature morte en réorganisant les composantes organiques qui l’a composent traditionnellement. A la différence des œuvres de Bosch, il n’y a pas véritablement deux niveaux de lecture. Même si l’ambivalence de l’œuvre est importante, dans Les 4 Saisons, ce ne sont pas les fruits en eux-mêmes qui importent, mais l’ensemble qui constitue un portrait. L’accumulation de fruits et légumes disparates parvient à aboutir à une unité, c’est donc une accumulation guidé par un système architectural et esthétique. Arcimboldo est un premier exemple de l’accumulation comme système qui sera traité par la suite. Enfin, l’idée qu’Arcimboldo transforme des fruits, des légumes ou d’autres objets banals est l’idée de l’art comme transfiguration du banal, très pratiquée dans le pop art. Arcimboldo prend des objets simples et leur octroie un rôle esthétique dans la composition du tout de l’œuvre d’art.

© Grégoire von Muckensturm & Jonathan Daudey

Retrouvez la seconde partie de cet article en cliquant ICI

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5 réflexions sur “Les Accumulations | Prélude

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