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Les Accumulations | La question du détail

Just what is it that makes today's homes so different, so appealing, Richard Hamilton

Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing, Richard Hamilton

Autour du Pop-art

L’étude va en premier lieu se situer autour des accumulations d’objets du quotidien, notamment chez Hamilton. Nous avons choisi cette œuvre car elle est fondatrice du pop’art, bien qu’elle demeure pourtant assez méconnue. Historiquement, le pop’art est né en Angleterre (avec Richard Hamilton et Eduardo Paolozzi) avant de se faire connaitre et de se développer aux Etats-Unis. La légende voudrait que le nom de pop’art vienne de la présence du mot « pop » sur l’emballage de la sucette au centre de l’œuvre ci-dessus, intitulée Just what is it that makes today’s homes so different, so appealing.

Ici est utilisée la technique du collage, qui est assez répandue, mais à des fins originales. Le collage sert normalement à créer un certain relief de façon à contraster les éléments présentés : le collage est souvent un travail abstrait de recherche d’équilibre dans l’œuvre. Dans cette oeuvre, Hamilton prend le collage à rebours, en faisant une œuvre éminemment figurative, en se servant d’un matériau désormais classique, les détails de magazines. Ces détails sont ré-assemblés, non en fonction de leurs qualités esthétiques mais en fonction de ce qu’ils représentes. Ainsi, le système n’est pas esthétique mais narratif. L’unité n’est donc que narrative, donnant une impression d’accumulation – cette impression est due clairement aux éléments du collage, au vue de leur esthétique différente (noir et blanc, couleurs, dessin, photo) qui proviennent de sources différentes. Malgré cette apparence de différence entre les fragments de l’oeuvre, nous parvenons à déterminer qu’ils proviennent tous de messages publicitaires : en effet, l’esthétique de la publicité est directement reconnaissable.

L’accumulation vient du fait de ré-assemblage d’une pluralité d’objets mais plus encore : d’une recontextualisation. Tous les éléments (ou détails) sont tirés de leur contexte donné pour être réintégré dans un autre. D’où l’impression paradoxale d’unité dans la différence., du fait de l’unité narrative et de la disparité des objets, nous avons à faire bien plutôt à un assemblage. Cette méthode technique et artistique répond à l’impératif de Diderot, consistant en une unité narrative hors de toute unité esthétique.

Retour sur Arman

Stegosaurus Plierus, Arman

Stegosaurus Plierus, Arman

Arman utilise largement des objets techniques tels que des instruments de musiques, comme nous le remarquons dans son Stegosaurus Plierus. Ces accumulations d’objets ayant un but utilitaire rappellent les ready-made de Duchamp qu’il choisissait pour leur absence totale de toute qualité esthétique, à l’exemple de la célèbre Fontaine. L’objet, sorti de son contexte ne comportait toujours pas de qualité esthétique mais se donnait à voir selon une nouvelle approche qui n’était pas possible dans son utilisation quotidienne.

Arman rejoint également, de manière plus précise la théorie esthétique d’Hegel. Dans l’introduction à l’esthétique, Hegel traite de la représentation de la nature en art. Il explique que l’art ne doit pas se réduire à une imitation de la nature qui sera de toute façon inférieure à ce qu’elle tente d’imiter. Hegel écrit dans son Introduction à l’Esthétique : « En faisant de l’imitation le but de l’art, on fait disparaître le beau objectif lui-même ». Dans ce cas, l’art se réduit à l’esthétique du souvenir, c’est-à-dire qu’en faisant un art seulement de l’imitation, il n’y a plus vraiment de travail de l’imagination mais seulement la reproduction d’une scène déjà passée. Or le point le plus important dans la théorie hégélienne est que l’art est fondamentalement spirituel. De ce fait une œuvre doit permettre à l’esprit de se reconnaître en elle. C’est pourquoi, les outils sont les objets d’arts par excellence bien que ceci semble paradoxal.

La fontaine, Marcel Duchamp

La fontaine, Marcel Duchamp

« Tout outil technique […] doit lui procurer plus de joie parce que c’est sa propre œuvre et non une imitation. Le plus mauvais outil technique a plus de valeur à ses yeux ; il peut être fier d’avoir inventé le marteau, le clou, parce que ce sont des inventions originales et non imitées ». Cette phrase est emblématique de l’idée hégélienne d’un esprit humain qui se réalise dans un objet pour lui donner sa valeur esthétique et artistique. Lorsque qu’Arman accumule des machines à écrire ou des boutons de vestes, il donne une vie artistique à ces objets apparemment insignifiants, qui n’ont rien d’humain. L’esprit humain se réalise dans l’utilisation d’objets naturels. L’objet seul, objectivé dans la nature, ne possède aucune valeur artistique. Le sujet humain met sa spiritualité dans l’objet et réalise l’esprit humain qui fait sens. 

© Grégoire von Muckensturm & Jonathan Daudey

Retrouvez la première partie de cet article en cliquant ICI

Retrouvez la seconde partie de cet article en cliquant ICI

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3 réflexions sur “Les Accumulations | La question du détail

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