Maximes pour la Philosophie/Philosophie

Secondes maximes sur la Philosophie

"Le salon de Mme Geoffrin en 1755", Anicet Charles Gabriel Lemonnier (1812)

« Le salon de Mme Geoffrin en 1755 », Anicet Charles Gabriel Lemonnier (1812)

25. Il n’est jamais trop tard pour remettre la philosophie sur «le bon chemin». Pour cela, l’Université française doit penser autrement. La philosophie universitaire s’est perdue elle-même dans la culture du résultat, contraire à ce qu’elle cherche à transmettre.

26. La philosophie universitaire délaisse trop souvent les contemporains au profit des classiques. Il faut savoir marcher sur ses deux jambes !

27. La philosophie oublie trop souvent que tout est susceptible d’être son objet d’étude. Tout, autrement dit, elle-même.

28. L’escroquerie hégélienne a permis à la philosophie française de (sur)vivre au XXème siècle. Ce temps est révolu, désormais.

29. Il ne faut pas se méprendre : ce ne sont pas les hommes qui ont délaissés la philosophie, mais la philosophie qui a abandonné les hommes.

30. La philosophie s’est fourvoyée le jour où elle a préféré « vendre son âme » à la Science, et s’auto-emprisonner dans la Morale. La tendance faustienne de la philosophie.

31. Au XXIème siècle, la philosophie est devenu ce cadavre moribond dont on essaye de se débarrasser définitivement dans le premier lac venu.

32. La philosophie doit se nourrir de ce qui lui est étranger, pour pouvoir penser et se questionner sur elle-même. Sinon, elle est cadavéreuse.

33. « La sagesse c’est ce que le solitaire se chuchote à lui-même sur la place publique ». Que Nietzsche a la dent dure…

34. L’indignation est cette escroquerie intellectuelle qui donne bonne conscience à celui qui la défend. Il se croit un héros, à tort. L’indignation est une activité contraire à la philosophie.

35. La philosophie n’est pas là pour apporter des réponses aux choses, mais pour poser les bonnes questions, celles qui savent éclairer.

36. A inscrire sur la porte des pédants : la philosophie n’est pas faite pour ceux qui pensent qu’il suffit d’être intelligent pour échapper à la bêtise. Elle n’épargne personne, heureusement!

37. L’existence des choses extérieures n’est pas le problème de la philosophie dans lequel elle s’est oubliée elle-même.

38. Les concepts explicatifs ne disent rien de la vie – ils l’assassinent.

39. Le philosophe est un «esprit libre», il se doit de se détacher des conditionnements de son temps et de sa culture pour les interroger. Devenir ainsi une confession de son temps.

40. La philosophie c’est faire du vélo d’appartement et donner l’illusion de courir le Tour de France. Rendre grandiose ce qui va de soi.

41. Le « détachement » philosophique n’est pas « déchaînement » : car, comme l’écrit Aristote, c’est le philosophe qui donne la loi, la limite – sa limite.

42. La philosophie est tension ; la sophistique est prétention.

43. Pour philosopher, il faut savoir main-tenir ses paradoxes et s’engouffrer les fissures abyssales de la pensée.

44. Sur la Philosophie, rien ne sert les longs discours dans de fastidieux traités : il faut arriver à saisir la profondeur de ce qu’elle est grâce à l’apparente légèreté des phrases qui la questionnent. Le modèle indépassable sont les Pensées de Pascal.

© Jonathan Daudey

Retrouvez les « Premières maximes pour la philosophie » en cliquant ICI

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5 réflexions sur “Secondes maximes sur la Philosophie

    • Très juste! Mais ce genre d’université reste rare. Le problème que je pointe ici n’est pas le caractère « universitaire » des Universités mais que l’universitaire nous donne trop rarement à lire, à problématiser les contemporains vivants.

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  1. J’ai tendance à penser que c’est le lecteur qui rend vivant celui qui est mort comme celui qui est encore là. Mais il y a des textes qui possèdent peut-être une vie en eux et qu’il est donc plus facile de faire vivre.
    L’université française par opposition à l’université américaine a toujours considéré qu’un penseur ne pouvait devenir objet d’étude qu’après sa mort, comme si la mort était l’événement par lequel un homme devenait définitivement un penseur, son oeuvre se déployant alors sous notre regard dans son unité et son achèvement.

    Aimé par 1 personne

  2. Pingback: Premières maximes sur la Philosophie | Un Philosophe

  3. Concernant cet énoncé :

    « 28. L’escroquerie hégélienne a permis à la philosophie française de (sur)vivre au XXème siècle. Ce temps est révolu, désormais. »

    … il faudrait définir la-dite escroquerie. Vous visez Sartre? Que faites-vous de Badiou? Or, je constate par ailleurs que la philosophie française est une des plus vigoureuses qui soit. Demandez à Zizek et Sloterdijk. Ils reconnaissent hautement Lacan et Badiou pour l’un, Foucault et Sartre, pour l’autre. Même Michel Henry est une excellente surprise.

    Pour l’énoncé #29, les hommes n’ont pas délaissé la philosophie, mais ils peinent, dans une barbarie économiciste, à maintenir des conditions favorables à la pensée. Cette décadence est une tendance lourde, qui condamne ce type de société. Deux données désespérantes: nous y sommes piégés et, deuxièmement, pas d’avenir. N’empêche l’époque prépare les matériaux et la mouture des futurs grands penseurs. Si le recul catastrophique n’est pas trop brutal…

    Civilité et vie intellectuelle sont des plantes fragiles.

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